Entretien avec Fanny Tassel
Nicole Rougier

L'entretien qui suit a été réalisé par écrit le 31 mars 2025. Fanny Tassel est architecte plasticienne et a accepté de répondre à nos questions dans le cadre d’une enquête concernant l’habitabilité du monde et l’espace public.

1. Formation et situation professionnelle

Nicole Rougier1: Bonjour. Je vous remercie de m’accorder de votre temps pour réaliser notre enquête sur le design et ses pratiques. Pourriez-vous tout d’abord indiquer quelle a été votre formation et nous décrire la structure (université, école, entreprise...) dans laquelle vous travaillez à présent ?

Fanny Tassel: J’ai fait des études d’architecture. Je travaille aujourd’hui dans la médiation artistique et culturelle de la ville et de l'architecture et j’exerce ce métier au sein du CAUE 92 — Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’Environnement des Hauts-de-Seine, association loi 1901 qui a pour mission de service public pour porter la qualité architecturale et faire les publics dans les débats sur la construction du cadre de vie — et d’une structure privée « + Mieux création ». J’enseigne également en école d’architecture.

2. Habitabilité du monde et finalité du design

N.R : Notre enquête porte sur l’habitabilité du monde et l’espace public. Elle se fonde sur l’idée que le design (ici le design d’espace, l’architecture ou la scénographie) aurait à améliorer le caractère habitable du monde et que, pour y parvenir, il devrait favoriser la rencontre, l’échange, les débats visant le bien commun en aménageant ou en investissant des lieux.

Votre pratique du design est-elle orientée vers cette double finalité ? Pouvez-vous donner des exemples de projets pour montrer en quoi c’est le cas ? Ou expliquer en quoi cette double finalité vous est étrangère?

F.T : Toutes mes activités professionnelles sont orientées en ce sens. Reste à définir le bien commun… Nos projets avec les habitants ne se limitent pas à aménager ou investir des lieux, ils sont plus multiformes car ils intègrent aussi une dimension de transmission, d’information, de concertation…

Je vous invite à consulter la rubrique atelier pédagogique du site internet du CAUE92 pour découvrir nos projets : https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique

et notamment les projets de transformation à échelle 1 d’un espace avec le jeune public

https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique/par-a-vis

https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique/les-ecopolitaines

https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique/cours-ecopolitaines

https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique/archives/mon-college

https://www.caue92.fr/atelier-pedagogique/archives/agitateurs-d-espace

3. Habitabilités

N.R : Dans notre réflexion, l’espace public est avant tout compris comme « sphère politique » et « lieu concret » où des discussions peuvent s’engager entre les personnes. Mais ce primat social et politique de l’habitabilité ne recouvre pas tous les sens possibles de cette notion. Notre réflexion se situe entre une compréhension poétique du concept et une saisie plus écologique. Comment comprenez-vous l’habitabilité ? Pourriez-vous illustrer votre compréhension de l’habitabilité en donnant des exemples de projets ?

F.T : Nous utilisons le terme habitabilité dans le sens de la capacité d’un lieu à être habitable pour les humains mais aussi pour tout autre vivant. Un espace devient habitable quand il répond aux besoins à la fois physiques, psychologiques, sociaux, culturels… d’un être humain. Mon objectif est d’aider notre public à améliorer l’habitabilité de leurs espaces. Donc tous nos projets vont en ce sens.

4. Les lieux et les publics des espaces publics

N.R : Tout au long de l’histoire de nos sociétés occidentales, les « lieux » de ces échanges ont changé en fonction « des publics », des personnes engagées dans l’échange. Les communs ou les espaces numériques de discussions d’aujourd’hui, pour nous en tenir à deux exemples, semblent bien loin des Salons XVIIIe siècle !

De votre point de vue, quels sont aujourd’hui ces lieux et quel rôle le design peut-il jouer ?

F.T : La désincarnation des espaces numériques ne m’intéresse pas ou ne me motive pas suffisamment. Je dirai qu’ensuite tous les espaces capables d’accueillir plus d’une personne peuvent générer un échange (et encore le fait qu’on se succède dans des toilettes et qu’on puisse y laisser un message, une trace peut déjà générer de l'échange !) Même se voir ou s’apercevoir de façade à façade par la fenêtre de nos logements est déjà un échange. Le rôle de l’architecture et du design est d’assurer pour chacun l'intimité nécessaire et souhaitée et de mettre en place des conditions propices à l'échange et à l’appropriation

5. Les sources

N.R : Pour finir, une question sur « les sources » de l’habitabilité et de l’espace public. Nous, nous nous sommes fondés sur une lecture critique de Jürgen Habermas. Y a-t-il des références — designers et/ou architectes théoriciens, poètes, romanciers, cinéastes, etc. — qui accompagnent votre pratique du design ?

F.T : [Ne souhaite pas répondre]

6. Conclusion

N.R : Y a-t-il un point sur lequel vous souhaitez revenir ? Un autre que vous souhaitez aborder ?

S.B : Non.

N.R : Encore merci pour le temps que vous m’avez accordé.


  1. Nicole Rougier est étudiante en Master 2 « Design, Arts, Médias », promotion 2025-2026, à Paris1 Panthéon-Sorbonne.