Jérémie Elalouf est maître de conférences à l’Institut Supérieur Image, Couleur, Design (ISCID) de l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès (UT2J). Il est responsable de l’équipe de recherche Seppia du laboratoire Lara-Seppia. Il a notamment publié : « Machine ou marchandise ? Esquisse d’une analyse des rôles respectifs de l’abstraction mécanique et marchande » dans la revue Design Arts Medias.
Résumé
Le design est-il réductible à sa valeur marchande ? La réponse à cette question dépend de la manière dont on appréhende les concepts de marchandise, de valeur et de capital. Nous proposons d’envisager ce problème au travers de deux approches radicalement opposées : la réinterprétation de Marx élaborée par Moishe Postone dans Temps, travail et domination sociale et l’analyse structurale du monde marchand proposée par Luc Boltanski et Arnaud Esquerre dans Enrichissement : une critique de la marchandise. La confrontation de ces deux approches vise à faire ressortir les problèmes épistémologiques et sociaux auxquels est confronté de design dans la situation contemporaine.
Abstract
Can design be reducible to its commodity value? The answer to this question depends on how we understand the concepts of commodity, value and capital. We propose to examine this problem through two radically opposed approaches: Moishe Postone’s reinterpretation of Marx in Time, Labour and Social Domination, and Luc Boltanski and Arnaud Esquerre’s structural analysis of the market economy in Enrichment: A Critique of Commodities. The purpose of contrasting these two approaches is to highlight the epistemological and social problems facing design in the present situation.
Introduction
Le terme de valeur peut avoir soit un sens économique, soit un sens moral. Mais, du point de vue de la théorie critique du design, ces deux manières d’appréhender la valeur ne sont pas dissociables. En effet, pour qu’une chose ait une valeur morale, il faut qu’elle ne soit pas réductible à sa dimension marchande, ou il faut que sa valeur morale ne soit pas un masque dissimulant son rôle économique réel. Dans une perspective critique, penser la valeur morale du design implique donc de penser en quoi consiste sa valeur marchande, et quelles sont les limites éventuelles celles-ci.
Il existe deux manières radicalement opposées d’envisager la valeur d’un objet. Soit on considère que sa valeur lui est intrinsèque, qu’elle dépend de ses qualités et de ses caractéristiques, soit on considère que la valeur est extrinsèque à l’objet, qu’elle dépend du contexte et de la manière dont l’objet est perçu. Ces deux orientations induisent des analyses de la valeur très différentes. Dans la première, on considérera que la valeur précède l’acte de vente, et on s’intéressera à la manière dont l’objet est produit. Dans la seconde, on considérera en revanche que la valeur découle de l’acte de vente et des conditions dans lesquelles l’objet peut être échangé. Si Karl Marx est sans conteste le représentant le plus éminent de la première orientation, Fernand Braudel est certainement celui de la seconde. Marx met en effet l’accent sur le travail, comme constitutif de la valeur des marchandises1 ; tandis que Braudel s’intéresse davantage aux formes de commerce qui ont permis le développement du capitalisme2.
Toutefois, plutôt que de revenir sur ces deux œuvres fondatrices, nous avons pris le parti de nous intéresser à des apports théoriques récents s’inscrivant dans chacune d’elles. En ce qui concerne l’orientation marxienne, nous nous intéresserons aux travaux de Moishe Postone3, et notamment à son ouvrage majeur : Temps, travail et domination sociale4, paru en 1993. Pour ce qui est de l’orientation braudelienne, nous nous intéresserons à l’approche proposée par Luc Boltanski et Arnaud Esquerre dans l’ouvrage Enrichissement : une critique de la marchandise, paru en 20175. Plusieurs raisons motivent ce rapprochement. Premièrement, il s’agit de deux analyses qui tentent d’expliquer les transformations contemporaines du capitalisme, notamment la crise du modèle fordiste et le développement du modèle économique néo-libéral. Deuxièmement, ces approches tentent toutes deux de dépasser certaines limites de la théorie critique, et notamment de dépasser les analyses des théoriciens de la première génération de l’École de Francfort. Ces enjeux nous paraissent également fondamentaux pour le design. Celui-ci doit en effet penser son rôle dans les économies post-fordistes et prendre position par rapport à l’héritage de la théorie critique. En croisant les méthodes et les moyens conceptuels mobilisés dans les deux approches mentionnées ci-dessus, nous voudrions donc essayer de clarifier certains enjeux épistémologiques contemporains du design.
1. La valeur travail
La thèse de Moishe Postone est qu’il y a une discontinuité dans l’œuvre de Karl Marx, entre les textes de jeunesse et ceux de la maturité. Plutôt qu’une continuité et un aboutissement, Postone voit dans le Capital6 une rupture théorique fondamentale. Il estime que dans cette œuvre, Marx transforme à la fois sa théorie de l’histoire, sa théorie sociale, et le type de critique du capitalisme qu’il propose7.
1.1 L’ontologie du travail
Postone qualifie de « marxisme traditionnel » la théorie du premier Marx, théorie qui a servi de socle idéologique aux mouvements ouvriers et aux états socialistes8. Dans la perspective du marxisme traditionnel, l’histoire est pensée en termes de lutte des classes et de rapport entre infrastructure et superstructure. Tous ces termes sont très connus, mais, pour la clarté de la discussion, rappelons brièvement ce dont il s’agit. L’infrastructure, ce sont l’ensemble des moyens de production qui permettent aux hommes de reproduire leur existence. Ces moyens se constituent en des modes de production différenciés, modes de production qui déterminent des antagonismes sociaux et, le plus souvent, des relations de domination. La superstructure est tout ce qui sur le plan juridique, artistique, ou religieux exprime et justifie un mode de production particulier et les relations de domination qui lui sont nécessaires. Dans une telle approche, les modes de production sont premiers : ils conditionnent à la fois la vie sociale et les formes de la conscience. C’est cette primauté qui permet à Marx de « renverser » la philosophie de Hegel, ou de la rendre compatible avec une approche matérialiste. Une telle théorie est indiscutablement présente chez Marx, elle est même exposée dans l’avant-propos d’un texte tardif comme la Contribution à la critique de l’économie politique9. Mais, la thèse de Postone est que dans le Capital, Marx abandonne non seulement cette conception de l’histoire, mais en propose une critique radicale10.
Dans le marxisme traditionnel, le travail joue un rôle absolument central. Ce sont en effet les transformations des formes du travail qui provoquent une évolution des modes de production, et avec eux des formes sociales. Le travail est donc à la fois un invariant historique et le moteur de l’histoire. Pour reprendre les termes de Postone, le travail est considéré comme le « fondement ontologique de la société11 ». Or, une telle ontologie du travail induit un type spécifique de critique du capitalisme. Puisque le travail est le moteur de l’histoire, il n’est en effet pas possible de critiquer les formes de travail induites par le capitalisme, et en particulier il n’est pas possible de critiquer le travail industriel. Plus généralement, puisqu’il est ontologisé, le travail en tant que tel est au-dessus de toute discussion. La forme de société dont le travail industriel est porteuse n’est donc pas non plus critiquable en soi12. Ce qui est critiquable, c’est tout ce qui fait obstacle au travail, tout ce qui empêche la société industrielle de s’accomplir pleinement. Or, dans le marxisme traditionnel, cet obstacle est le marché. C’est en effet grâce au marché que les capitalistes peuvent exploiter les travailleurs, en revendant plus cher les produits du travail que ce qu’ils ne leur coûtent. De plus, le marché empêche le développement rationnel de l’industrie, dans la mesure où l’investissement est conditionné par les perspectives de profits. Pour le marxisme traditionnel, la critique du capitalisme est donc une critique de la circulation, et non de la production des marchandises.
1.2 La critique de la production
Pour Postone, c’est au travers de l’analyse de la marchandise, proposée au premier chapitre du Capital, que Marx rompt pleinement avec l’ontologie du travail13. Pour Marx, dans une société fondée sur l’échange marchand, la valeur des marchandises ne dépend pas de leur destination, ou de leur valeur d’usage. En effet, puisque les producteurs doivent vendre des marchandises pour subvenir à leurs besoins, et puisqu’ils sont en concurrence les uns avec les autres, chacun essayera de vendre au meilleur prix la marchandise qu’il propose. La valeur des marchandises tend donc à s’aligner avec la valeur nécessaire pour renouveler la force de travail. Plus généralement, c’est la quantité de travail qu’elles contiennent qui permet de comparer la valeur des marchandises. En effet, dans la mesure où toutes les marchandises peuvent s’échanger les unes avec contre les autres, le travail est le seul dénominateur commun qui permet de comparer leur valeur. Quel est le point commun entre vingt mètres de toile et un vêtement, pour reprendre un exemple de Marx14 ? Rien d’autre que le fait que chacune de ces marchandises incorpore une certaine quantité de travail. C’est la raison pour laquelle, dans la société capitaliste, le travail apparaît comme une notion générale : il est l’étalon de la valeur et, en tant que tel, il est une médiation sociale fondamentale. Et c’est pourquoi l’histoire humaine peut rétrospectivement apparaître comme une transformation progressive du travail, ou des modes de production. Pour le Marx de la maturité, l’ontologie du travail n’est donc rien d’autre que l’ontologie du capitalisme lui-même15.
Marx distingue le travail abstrait, c’est-à-dire le travail en tant que mesure de la valeur, et le travail concret, celui réalisé par les travailleurs en chair et en os. Mais il est fondamental de comprendre qu’il ne s’agit pas de deux types différents de travail16. Au contraire, tout travail est à la fois concret et abstrait, au sens où tout travail concret contient une certaine quantité de valeur. Plus fondamentalement, tout travail ne se justifie socialement que parce qu’il permet de produire de la valeur. Seulement, le travail abstrait, ou la valeur du travail, n’est pas déterminé directement par les travailleurs. En effet, un producteur moins efficace que ces concurrents n’a pas la liberté de vendre son travail plus cher, il est obligé de s’aligner sur le prix de ses congénères. Le travail abstrait est donc une moyenne des capacités productives globales, moyenne qui s’impose comme une contrainte à l’ensemble des producteurs. C’est pourquoi pour Postone, la critique du capitalisme proposée par Marx n’est pas réductible à une critique de l’exploitation17. La contrainte imposée par le travail abstrait n’est pas liée à la domination d’une classe par une autre, elle serait valable même si tous les producteurs étaient indépendants. De sorte que la lutte des classes à elle seule ne peut en aucun cas permettre de s’émanciper du capitalisme. Elle est simplement une lutte sur la répartition des gains. Il peut exister des formes de domination directes dans une économie capitaliste, par exemple au sein des entreprises. Mais, le capitalisme lui-même induit une domination impersonnelle et abstraite, il s’impose à l’ensemble de la société comme une contrainte qui paraît « objective » et « rationnelle ». C’est pourquoi les contraintes économiques sont si profondément naturalisées18.
1.3 La contradiction du capitalisme
Pour Postone, la critique de Marx est donc bien une critique de la production des marchandises et non seulement de leur circulation. Une telle critique est déjà en germe dans l’œuvre de Georg Lukacs, Histoire et conscience de classe19. Toutefois, pour Postone, Lukacs reste malgré tout prisonnier des présupposés du « marxisme traditionnel », ce qui fait que sa théorie est en fin de compte contradictoire20. Bien qu’il s’intéresse à la manière dont le capitalisme transforme le travail, notamment par la standardisation, sa critique porte en fin de compte davantage sur la circulation des marchandises. Postone estime que les théoriciens de la première génération de l’école de Francfort ont également buté sur une difficulté de ce type21. Ces auteurs ont en effet été confrontés à l’apparition du socialisme d’État dans les pays de l’Est, et à des économies très fortement dirigées à l’ouest. Dans cette conjoncture, le rôle du marché était soit inexistant, soit réduit à une portion congrue. Seulement, puisque pour ces théoriciens la contradiction capitaliste fondamentale se situait dans le marché, ils en sont venus à penser que le capitalisme avait dépassé sa propre contradiction, et que donc rien ne pouvait plus entamer sa domination. Le pessimisme de l’École de Francfort, particulièrement sensible dans un ouvrage comme la Dialectique de la raison22, n’est donc pas pour Postone réductible à une conjoncture historique. Il est bien plutôt lié à un problème théorique précis : où situer la contradiction du capitalisme si elle ne se situe pas dans la circulation des marchandises23 ?
Pour Postone, la réponse proposée par Marx est que cette contradiction se situe au niveau de la production marchande elle-même24. L’argument général est le suivant. Puisque le travail est l’étalon de la valeur, il y a une incitation, dans une économie capitaliste, à réduire le temps de travail nécessaire à la production, pour générer davantage de profit. Historiquement, ceci a induit la division du travail, sa disciplinarisation, puis sa mécanisation, d’abord partielle dans les manufactures puis de plus en plus complète dans la production industrielle. Seulement, ces avancées techniques créent une situation paradoxale. En effet, plus l’automation s’intensifie, plus la science intervient dans les processus de production et moins le temps de travail est une mesure pertinente de la valeur. Cependant, le travail abstrait reste la seule échelle de mesure, quand bien même cette mesure devient en grande partie inadéquate25. C’est ce qui fait que le temps de travail ne diminue pas, ou du moins ne diminue pas en proportion des progrès technologiques. Le paradoxe est que pour pouvoir générer du profit, il faut toujours mobiliser davantage de force et de temps de travail, quand bien même celui-ci pourrait devenir inutile, ou quasiment inutile. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle le capitalisme pose un problème écologique. Pour pouvoir mobiliser de la force de travail, il faut des moyens matériels et technologiques toujours plus importants, alors même que la marge de profit dégagée tend à s’amoindrir26.
Comment comprendre le rôle historique du design par rapport à cette contradiction ? Il faut commencer par remarquer que le design s’inscrit pleinement dans l’histoire du capitalisme : son émergence tient à la séparation entre les tâches d’exécution et de conception dans le mode de production industrielle. Ensuite, il me paraît assez bien établi par les témoignages historiques que le design est né d’une insatisfaction. Les produits de l’industrie manquaient de qualité esthétique, et il fallait trouver un moyen d’y remédier. Comme le remarque Walter Gropius dans « L’évolution de l’architecture moderne27 », le perfectionnement de l’industrie ne paraissait plus suffisant à lui seul, il fallait que les objets industriels trouvent une qualité esthétique propre. Une telle prise de conscience implique que la seule maximisation du rendement est insuffisante : pour qu’un objet soit désirable, il lui faut quelque chose de plus, il lui faut d’autres qualités, qui ne sont pas réductibles à sa valeur. Le principe qui structure fondamentalement la société capitaliste rencontre donc ici une limite. On pourrait objecter que l’un des idéaux du design moderne a été que la qualité esthétique des objets découle précisément des procédés industriels et de la rationalisation du travail. Mais, dire que des particularités de la machine peuvent naître une nouvelle « authenticité » et une nouvelle « beauté »28, pour reprendre des termes de Gropius, cela implique justement que le sens de la mécanisation du travail n’est pas réductible à l’optimisation du rendement. Envisagé de cette manière, le design a donc été la manifestation d’une contradiction interne au capitalisme. Il a rendu visible le fait que la valeur-travail n’était pas un principe qui pouvait absolument se suffire à lui-même. C’est certainement en cela que le design a eu une portée critique.2. La mise en valeur
L’approche de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre est radicalement différente de celle de Postone. Pour ces deux sociologues, la valeur d’une marchandise ne lui est jamais inhérente. Elle ne dépend pas du processus de production, mais de l’acte de vente, et des arguments dont on dispose pour justifier du prix29.
2.1 L’économie de l’enrichissement
La démarche des deux auteurs s’appuie sur un constat empirique. Depuis les années quatre-vingt, de nouvelles formes d’économies se développent dans les pays occidentaux, qui ne sont en général pas associées à la production capitaliste classique. Ces économies concernent en particulier le luxe et la culture, elles visent à produire des biens et des expériences d’exception en se fondant notamment sur la mise en valeur du passé30. Cela peut prendre des formes très diverses, comme la préservation de paysages typiques, la rénovation des centres historiques des villes ou encore la redécouverte de savoir-faire traditionnels. Ces nouvelles économies ont notamment contribué à la transformation des centres-villes et participé au processus de gentrification. Elles ont aussi permis à des régions rurales de transformer leur image afin d’attirer de nouvelles formes de tourisme. Ou encore, elles ont permis à d’anciennes régions industrielles de reconstruire de nouvelles activités économiques, parfois sur les lieux mêmes où les activités industrielles prenaient place. De tels phénomènes s’observent dans de nombreux pays occidentaux, mais ils sont particulièrement visibles en France, où ils jouent un rôle économique majeur31.
Boltanski et Esquerre utilisent le terme d’enrichissement pour qualifier ce type d’économie32. Dans les économies de l’enrichissement, il ne s’agit en effet pas de produire des choses, mais bien plutôt de mettre en valeur ce qui est déjà là, qu’il s’agisse d’un vestige du passé ou d’une spécificité culturelle. Dans de telles économies, le travail n’est donc pas la source principale de la valeur, et ce pour au moins trois raisons. Premièrement, parce que le travail n’est pas suffisant à lui seul, il a besoin d’un support, ou de quelque chose à valoriser. Deuxièmement, parce que le travail de valorisation implique d’importantes compétences culturelles, qu’il est difficile d’évaluer de manière quantitative. Troisièmement, parce que cette forme de travail tend à induire une indistinction entre la vie privée et la vie professionnelle des travailleurs, qui ont bien besoin souvent de mettre en scène leur image et leur récit de vie pour participer à l’économie de l’enrichissement33. De sorte que le temps de travail n’est pas une mesure adéquate de leur prestation.
2.2 Les quatre formes de valorisation
Pour Boltanski et Esquerre, la caractéristique de l’économie de l’enrichissement est de tirer parti des différences entre les marchandises. La valeur d’une marchandise y dépend essentiellement de la manière dont elle se distingue des autres, et de la manière dont il est possible de justifier cette différence. Pour ces auteurs, deux différences fondamentales nous permettent d’organiser le cosmos de la marchandise : le rapport au temps et le degré de singularité34. Pour chaque marchandise, il est en effet possible de déterminer si elle est susceptible de gagner ou de perdre de la valeur. Un vin rare ou un tableau de maître, par exemple, auront tendance à se valoriser dans le temps, tandis qu’un vêtement ou un ordinateur auront tendance à se dévaloriser. De plus, pour chaque marchandise, il est possible de déterminer son degré de singularité. Il est par exemple possible de faire la distinction entre une guitare ayant appartenu à une star du rock et une guitare premier prix, fabriquée en série. Ces deux types de différences ne sont pas forcément corrélés. Il existe par exemple des marchandises, comme les actifs financiers, qui peuvent se valoriser dans le temps sans être des objets singuliers. De la même manière, des objets singuliers peuvent perdre leur valeur dans le temps, comme les articles de mode.
Ces deux différences fondamentales peuvent donc se combiner de quatre manières différentes. Ceci permet à Boltanski et Esquerre de déduire quatre modes de valorisation : la forme standard, la forme collection, la forme actif et la forme tendance35.
1. La forme standard correspond aux produits manufacturés : ce sont des marchandises très peu singularisées et qui perdent leur valeur dans le temps36. Dans cette catégorie, on trouve par exemple les produits électroménagers, les produits technologiques (ordinateur, téléphone, etc.), ou encore les véhicules (voiture, vélo électrique, etc.)
2. La forme collection, en revanche, correspond aux biens de prestiges : ce sont des marchandises très fortement singularisées et qui gagnent de la valeur dans le temps37. On trouve dans cette catégorie tous les objets issus d’un savoir-faire unique (objets artisanaux, œuvres d’art) ou porteur d’une histoire singulière (objets historiques, objet ayant appartenu à des personnalités importantes, etc.)
3. La forme actif correspond aux biens qui servent de placement financier : ce sont des marchandises peu singularisées, qui gagnent de la valeur dans le temps38. La particularité des actifs est qu’ils supposent un pari : ils ne gagnent pas toujours de la valeur (ils peuvent se dévaloriser, par exemple lors d’une crise financière), mais ils sont acquis dans la perspective qu’ils puissent se valoriser. On retrouve dans cette catégorie les actions, les assurances vie, les biens immobiliers, les produits dérivés, etc.
4. Enfin, la forme tendance correspond à tous les articles de modes : ce sont des marchandises porteuses de différences fortes, mais qui se dévalorisent assez rapidement39. On retrouve dans cette catégorie tous les vêtements et accessoires qui permettent de signaler une identité spécifique, et dont la durée de vie oscille entre quelques mois et quelques années.
Pour Boltanski et Esquerre, l’un des problèmes de la théorie critique est d’avoir presque exclusivement focalisé son attention sur la forme standard. Les théoriciens de la première génération de l’École de Francfort, par exemple, ont fortement attiré l’attention sur les effets de standardisation et de normalisation induits par le capitalisme40. Pour Boltanski et Esquerre, en revanche, le capitalisme se caractérise en premier lieu par la libre circulation des capitaux, et leur capacité à se déplacer pour optimiser leur rendement. C’est pourquoi il s’agit d’un système social qui n’est pas réductible à une organisation rigide et normalisée. Le capitalisme, au contraire, est extrêmement plastique : il n’est pas figé dans un mode d’organisation, il doit constamment se transformer, pour permettre de nouvelles possibilités d’investissement. Dans une économie capitaliste, l’existence de plusieurs modes de valorisation favorise la circulation des capitaux : elle permet de démultiplier les possibilités de profit41. Mais, les deux auteurs insistent sur le fait que les modes de valorisation qu’ils analysent n’ont rien d’éternel. Puisque les capitaux ont toujours besoin de nouveaux débouchés, il est tout à fait possible que les modes actuels s’épuisent et qu’il faille en inventer de nouveaux.
2.3 Design et valorisation
Dans une économie de l’enrichissement, le rôle du design est essentiellement de mettre en scène les différences entre les marchandises. Pour chacun des modes de valorisation, il s’agit de mettre en valeur les différences pertinentes qui permettront de justifier le prix d’un bien. Pour la forme standard, il faut par exemple valoriser la nouveauté et la performance. Pour la forme collection, en revanche, il faut faire ressortir l’authenticité et la rareté. Au premier abord, on pourrait penser que la forme actif ne fait pas intervenir le design. Cependant, la vente d’actifs repose pour beaucoup sur des effets de communication, et sur la capacité de mettre en scène des valeurs justifiant l’investissement (le sérieux et la fiabilité pour les actifs à faible rendement, le pari et la prise de risque pour les actifs à haut rendement). Enfin, il s’agit dans la forme tendance de décliner des spécificités stylistiques qui permettront à des groupes sociaux de se reconnaître.
Dans un tel contexte, le designer devient, comme le note Andrea Branzi dans Les Nouvelles de la métropole froide42, une sorte de metteur en scène. Il crée les conditions pour que les objets soient correctement perçus et interprétés. De sorte que son activité est complètement interne à l’économie capitaliste : son rôle est de favoriser la mobilité des capitaux. Cependant, ce pouvoir de mettre en scène la valeur s’accompagne d’une dimension excessive. En effet, le designer ne s’appuie pas que sur les qualités objectives des objets, mais sur des éléments signifiants, intangibles. Son opération relève d’une sorte de magie : il crée, à partir de rien, une valeur nouvelle. En cela, le designer s’apparente à un « maître de cérémonie43 », qui a pour tâche de faire advenir cette chose mystérieuse qu’est la valeur. Et les objets, eux-mêmes, perdent leur familiarité : ils deviennent des présences intrigantes, énigmatiques. Ils excèdent à la fois leur usage et leur statut de simples marchandises44. En d’autres termes, ce que le design peut donner à voir, c’est le fait que la valeur n’est ni naturelle ni substantielle : elle est une pure convention sociale. C’est parce qu’il peut manifester le caractère arbitraire de la valeur que le design peut avoir, dans certains cas, une portée critique.
3. Situation du design
Selon que l’on adopte l’un ou l’autre des deux points de vue que nous avons décrits, la manière d’envisager le design diffère donc radicalement. Comment départager ces deux perspectives ?
3.1 Des approches complémentaires
Tout d’abord, ces deux orientations ne sont peut-être pas aussi antinomiques qu’il ne pourrait paraître au premier abord. Boltanski et Esquerre remarquent par exemple que la généralisation de la forme standard a été une condition pour que les quatre modes de valorisation qu’ils identifient émergent. Il a fallu que les objets industriels deviennent omniprésents pour que d’autres types de marchandises puissent, par contraste, être valorisées. Les deux auteurs constatent également que l’économie de l’enrichissement est corrélative d’une nouvelle manière d’exploiter le travail. Ainsi, le propre du travail de la culture, c’est qu’il est habituellement rémunéré en dessous de sa valeur, voire qu’il n’est pas rémunéré du tout quand il est effectué par des étudiants ou des stagiaires. S’il ne s’agit pas de réduire la durée pure du travail, comme dans la production industrielle classique, il y a bel et bien tout un ensemble de stratégies pour tirer parti d’un sur-travail.
On peut également remarquer que, malgré la prégnance de l’économie de l’enrichissement, le travail conserve une fonction idéologique tout à fait centrale. Même pour des travailleurs de l’économie de l’enrichissement, maximiser son efficacité demeure une contrainte extrêmement pressante. Le nombre proprement vertigineux de vidéos et de formations en ligne proposant d’augmenter sa productivité ou de décupler ses performances n’en est qu’un symptôme parmi d’autres. De plus, les fantasmes, les espoirs et les craintes suscités par le développement de systèmes génératifs utilisant des réseaux neuronaux tendent également à montrer que l’incitation à réduire la quantité de travail demeure très prégnante. Ici, ce sont bien les gains de productivité promis qui attirent de très grandes quantités d’investissement, plutôt que des différences entre les marchandises. Comprendre la situation contemporaine semble donc davantage impliquer de combiner les points de vue de Postone, Boltanski et Esquerre que de les opposer.
3.2 Une orientation pour le design
Seulement, si les deux points de vue sont vrais, cela implique une ambivalence fondamentale du design. Il est à la fois interne et externe au capitalisme, il est en même temps critique et non critique. Comment penser cette ambivalence et quelles sont ces implications pour la pratique du design ? Pour esquisser une réponse à cette question, nous proposerons trois remarques.
1. La première chose que l’on peut remarquer, c’est que pour chacun des points de vue que nous avons envisagés, il n’y a pas d’extérieur au système marchand. Pour Postone, la marchandise est une forme de relation sociale, forme de relation qui structure l’ensemble de la société et détermine profondément les modes de pensée. S’imaginer pouvoir s’en extraire facilement relève tout au plus d’une forme de naïveté romantique. Dans la perspective de Boltanski et Esquerre, il ne paraît pas non plus possible d’échapper à la justification de la valeur. Car, les modes de valorisation ne sont qu’une manière de tirer parti des différences entre les marchandises. Vouloir créer de nouvelles catégories, ou de nouvelles différences, revient en définitive à créer de nouvelles possibilités de valorisation et d’investissement.
2. Cependant, je pense que ces deux perspectives critiques ne condamnent pas pour autant au pessimisme. Pour Postone en effet, le capitalisme produit sa propre contradiction, en sapant le fondement même de la valeur sur lequel il repose. De sorte, qu’au fond, aucune activité n’est absolument réductible à sa dimension marchande. Pour Boltanski et Esquerre, les modes de valorisation ne sont qu’une manière contingente de tirer parti des différences entre les marchandises. Ils ne relèvent pas d’une essence du capitalisme, ils ne sont qu’un moment contingent. Le fait qu’un produit s’inscrive dans un de ces modes de justification ne veut donc pas dire qu’il est intrinsèquement réductible à sa dimension marchande.
3. Enfin, dans les dispositifs théoriques que j’ai présentés, le design n’est pas la source de la dynamique capitaliste. Il n’est donc pas à lui seul responsable des excès et des maux causés par ce système économique. Pour Postone, encore une fois, la marchandise est une relation sociale qui structure l’ensemble de la société. Se focaliser sur un secteur particulier de la production des biens ne peut donc relever que d’une analyse superficielle et inconséquente du capitalisme. Pour Boltanski et Esquerre, le design participe certes activement à l’économie de l’enrichissement. Toutefois, il n’en est pas la cause, il n’est qu’un moyen parmi d’autres pour favoriser la mobilité des capitaux. De plus, la participation du design est contingente : d’autres modes de valorisation pourraient exister, n’impliquant pas de qualité esthétique particulière.
Conclusion
Pour conclure, je proposerai donc la formule suivante. Ce que permettent ces dispositifs théoriques, c’est de pratiquer le design sans illusion, sans pessimisme et sans culpabilité. Sans illusion, car dans le contexte présent, aucune activité ne peut prétendre être complètement extérieure à l’économie capitaliste. Sans pessimisme, car pour autant, aucune activité n’est absolument réductible à sa dimension marchande. Et enfin sans culpabilité, car le design n’est pas à lui seul responsable de la dynamique du capitalisme, et des destructions qu’elle engendre. Ces déterminations sont, certes, essentiellement négatives. Mais, le propre de la théorie critique n’est-il pas justement de procéder de manière négative ? Pour fonder positivement la qualité propre du design, il faudrait certainement se tourner vers d’autres ressources théoriques.
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—, Marx, par-delà le marxisme : repenser une théorie critique du capitalisme au XXIe siècle, Paris, Crise & Critique, coll. Palim Psao, traduit par Stéphane Besson, Paola Gentille, Françoise Gollain, Thierry M. Labica, William Loveluck, Arthur Michelet, Frédéric Monferrand, Brice Pellerei et Natalia Tintoré, 2022.
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Comme nous aurons l’occasion de le voir dans la suite de cet article, Marx met l’accent sur la production des marchandises. De son point de vue, la distribution et la consommation ne sont que des moments de la production matérielle des sociétés. Cf : MARX Karl, Contribution à la critique de l’économie politique : introduction aux Grundrisse dite « de 1857 », Les Éditions sociales, coll. GEME, traduit par Guillaume Fondu et Jean Quetier, 2014, p. 31-55. ↩
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Fernand Braudel a développé ces analyses de la formation des marchés capitalistes dans les tomes 2 et 3 de Civilisation matérielle, économie et capitalisme.
BRAUDEL Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme – T. 2 : Les jeux de l’échange, Paris, Armand Collin, 2022. BRAUDEL Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme – T. 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Collin, 2022.
Pour une présentation plus synthétique de ses analyses, on peut se référer à :
BRAUDEL Fernand, La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, coll. Champs Histoire, 2018. ↩ -
D’autres interprétations de Marx, proches de celle de Postone, ont été proposées à peu près à la même période. Nous aurions ainsi pu nous appuyer sur les travaux de Robert Kurz, notamment sur son ouvrage majeur, La Substance du Capital. Notre choix s’est porté sur l’œuvre de Postone car son caractère plus systématique rendait plus aisé le travail de lecture croisée que nous produisons dans cet article. Signalons cependant que Kurz a proposé une réflexion sur l’actualité du concept « d’industrie culturelle », dont les enjeux pour le design mériteraient amplement une analyse propre.
KURZ Robert, La substance du capital, Paris, Édition l’Échapée, coll. Versus, traduit par Stéphane Besson, 2019. KURZ Robert, L’Industrie culturelle au XXIe siècle : de l’actualité du concept d’Adorno et Horkeimer, Albi, Crise & Critique, coll. Au cœur des ténèbres, traduit par Wolfang Kukulies, 2020. ↩ -
POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale : une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Paris, Mille et une nuits, coll. Essais, traduit par Olivier Galtier et Luc Mercier, 2009. ↩
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La référence à l’œuvre de Braudel est revendiquée dès les premières pages de l’ouvrage. Cf. : BOLTANSKI Luc & ESQUERRE Arnaud, Enrichissement : une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, coll. NRF Essais, 2017, p. 13. ↩
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MARX Karl, Le Capital : critique de l’économie politique, livre I, Paris, PUF, Quadrige, traduit par : Étienne Balibar, Gérard Cornillet, Geneviève Espagne, et al., 2006. ↩
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POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 15-21. ↩
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Ibidem, p. 21-32. ↩
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En particulier dans l’avant-propos. Cf, MARX Karl, Contribution à la critique de l’économie politique : introduction aux Grundrisse dite « de 1857 », op. cit., p. 62-65. ↩
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Postone estime toutefois que la méthode du Marx de la maturité commence à se clarifier dans les Grundrisse. Voir POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 45-52. ↩
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POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 97. ↩
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Ibidem, p. 103-113. ↩
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Ibid., p. 185-194. ↩
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MARX Karl, Le Capital, op. cit., p. 60-63. ↩
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POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 112-113. ↩
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Ibidem, p. 215-221. ↩
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Ibid., p. 236-246. ↩
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Id., p. 240. ↩
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LUKÁCS Georg, Histoire et conscience de classe, Paris, Les Éditions de minuit, coll. Argument, traduit par Kostas Alexos et Jacqueline Bois, 1960. ↩
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POSTONE Moishe, Marx, par-delà le marxisme : repenser une théorie critique du capitalisme au XXIe siècle, Paris, Crise & Critique, coll. Palim Psao, traduit par Stéphane Besson, Paola Gentille, Françoise Gollain, et al., 2022, p. 211-250. ↩
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Ibidem, p. 131-182. ↩
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ADORNO Theodor W. & HORKHEIMER Max, La dialectique de la Raison : Fragments philosophiques, Paris, Gallimard, coll. Tel, traduit par Éliane Kaufholz, 1983. ↩
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POSTONE Moishe, Temps, travail et domination sociale, op. cit., p. 181. ↩
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Ibidem, p. 287-298. ↩
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Ibid., p. 293 ↩
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Id., p. 451-461. ↩
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GROPIUS Walter, Architecture et société, Paris, Édition du Linteau, traduit par Dominique Petit, 1995, p. 27-34. ↩
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Ibidem, p. 39. Op. cit. ? ↩
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BOLTANSKI Luc & ESQUERRE Arnaud, Enrichissement : une critique de la marchandise, op. cit., p. 12-13. ↩
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Ibidem, p. 21-65. ↩
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Luc Boltanski et Arnaud Esquerre analysent par exemple la transformation de la ville d’Arles ou du village de Laguiole. Ibid., p. 56-63 et p. 403-433. ↩
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Id., p. 67-72. ↩
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Id., p. 459-485. ↩
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Id., p. 153-166. ↩
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Id., p. 159. ↩
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Id., p. 201-242. ↩
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Id., p. 243-285. ↩
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Id., p. 327-353. ↩
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Id., p. 356-372. ↩
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Id., p. 221-224. ↩
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Id., p. 487-495. ↩
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BRANZI Andrea, Les Nouvelles de la métropole froide : design et seconde modernité, Paris, Édition du Centre George Pompidou, coll. Les Essais, traduit par Christian Paoloni, 1991. ↩
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Ibidem, p. 57-64. ↩
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Ibid., p.63. ↩