1. Une richesse particulière
Ce numéro de juin 2026 est particulièrement riche de renvois entre les différentes rubiques de notre revue. Le Dossier thématique est consacré aux frictions qui subsistent entre Théories et Pensées critiques du design, ainsi qu'aux traductions sensibles de théories du design. La rubrique Paroles d'auteurs lui fait écho en regroupant un entretien (critique) de Jacques André sur le rôle de la typographie à l'ère du numérique et le quatrième volet d'une enquête sur le design et ses pratiques consacré à la manière (critique) dont les designer se saississent des notions d'habitabilité et d'espace public. Notons que cet éclairage critique est également présent dans l'article qui, publié dans la rubrique Varia, s'intitule "Vers une pensée écocritique du design" et qu'il demeure, comme toujours, au coeur de la rubrique Critiques, avec un compte-rendu dédié à Conspirational Design, Information for bigger picture, de Carlo Bramati.
Mais une question subsiste : ce positionnment critique étant celui de notre revue Design, Arts, Médias, en quoi cette richesse critique est-elle "particulière" ?
2. Aspects quantitatif et foisonnant de la critique
La particularité tient tout d'abord à un aspect quantitatif, avec un Dossier thématique qui présente pas moins de 18 contributions, et une enquête sur le design et ses pratiques, qui regroupe 31 entrettiens menés avec de designers français et étrangers. Mais cette richesse de la critique n'est pas que quantitative, elle tient aussi au foisonnement critique présent dans ce numéro 13 de notre revue. Les sources critiques du design sont européennes, mais pas seulement ; elles sont élaborées en regard de l'École de Francfort, mais pas uniquement. C'est ainsi que sont convoquées l'écocritique, l'écoféminisme, les pensées postcoloniales, pour ne prendre que trois exemples. Et, surtout, le recours à ces sources critiques, et à leur caractère "frictionnel", ouvrent des pistes et laissent augurer de beaux travaux de recherche à venir. Disons enfin, pour qualifier cette particularité, que la rubrique Critiques inaugure un nouveau format de critique...
3. Traduction sensibles et format critique inhabituel
En effet, le treizième numéro de notre revue s'ouvre à un format particulier de critique, plus imagé que d'habitude. Dans How to Highlight Text Creatively. An Illustration Statement, Niklals Henke explique comment il lit des textes théoriques et critiques de design, en dessinant à même la page. Dans Bifurquons vers une maison commune, Sophia Jolard s'inspire d'un ouvrage dédié à ce que serait un commun de recherche investi par le design pour partager, de façon graphique, son cheminement vers une nouvelle maison commune. Enfin, Miriam Betoux et Claire Mucchielli présentent Panser le monde, le roman graphique auquel elles travaillent. À travers la vie, ou plutôt les vies de Mona, elles adaptent de manière sensible un ouvrage consacré à la théorie criique du design.
4. Une revue hospitalière, un lectorat constitutif d'unité
En quoi l'unité de ce numéro réside-t-elle ? À accueillir toutes ces formes de critique, notre revue ne risque-t-elle pas de se disperser ? Nous ne le pensons pas. D'une part, parce que ces différentes critiques témoignent d'une volonté d'hospitalité, d'inclusivité des différents points de vue qui, en entrant dans le débat d'idées, veulent faire avancer la connaissance relative à notre champ du design, au croisement de l'art et des médias. D'autre part, parce que nous faisons confiance à notre lectorat pour cheminer, à sa façon et de façon aussi éclairée qu'exigente, entre ces différentes propositions. En d'autres termes, parce que, en dernier recours, c'est toujours l'acte de lecture qui fait l'unité d'une revue.
Bonne(s) lecture(s) critique(s) avant la pause estivale !