Résumé
Ce numéro de Design Arts Médias propose d’explorer l’hypothèse du design-situé comme approche du projet attentive aux relations qu’entretiennent les pratiques de conception avec les milieux qu’elles traversent et transforment. En opposition aux logiques productivistes du design industriel, cet appel interroge des démarches ancrées dans des contextes matériels, sociaux, territoriaux et écologiques spécifiques, où matériaux, savoir-faire, usages et formes de coopération deviennent des composantes actives du projet. Le design-situé est ici envisagé comme une pratique relationnelle, sensible aux dynamiques du vivant, aux communs et aux conditions concrètes d’habitabilité des milieux. Les contributions pourront interroger aussi bien ses fondements théoriques que ses méthodes d’enquête, ses formes de production, ses pratiques collaboratives ou ses implications écologiques, sociales et politiques. Quatre axes structurent cet appel : attentions au sensible, du sensible au commun, situations, territoires, milieux, et faire et savoir-faire.
Thématique du dossier
Ce numéro de la revue Design Arts Médias propose d’examiner un ensemble d’hypothèses et de pratiques susceptibles d’éclairer, d’éprouver et de mettre en jeu ce que pourrait recouvrir aujourd’hui l’idée d’un design-situé.
Il s’inscrit dans la continuité des recherches engagées autour du concept de design-situé, développé notamment lors de différentes journées d’études et du colloque international Design-situé : enjeux et perspectives, qui se sont déroulé à Bordeaux entre 2018 et 2025. Le design-situé peut être envisagé comme une modalité pour penser certaines pratiques contemporaines du projet qui s’inscrivent dans une dynamique contextuelle où la création et la conception prennent pleinement en compte les matériaux, les savoir-faire, les pratiques sociales, les usages du territoire, des paysages et des milieux, comme des éléments actifs du processus de design. En s’opposant au modèle productiviste dominant du design industriel, le design-situé semblerait se caractériser par un engagement dans la préservation et l’enrichissement des milieux1. Cette hypothèse trouve des résonances dans des pratiques propres à l’économie circulaire des matériaux et des savoir-faire, mais aussi dans les démarches du design des territoires, des paysages, ou encore dans des pratiques participatives à l’échelle locale et, plus globalement, dans la pensée des communs. Cette approche valoriserait des méthodologies alternatives, ancrées dans des logiques de proximité et d’éco-construction avec les acteurs du territoire. Les tiers-lieux et lieux intermédiaires participeraient à réinventer au quotidien l’économie circulaire du design et à expérimenter concrètement les communs dans un champ élargi comprenant l’art, l’architecture, l’urbanisme et le design.
Plutôt que d’imposer des méthodes de design préconçues, ces pratiques mettraient en jeu des dispositifs où la conception devient un processus évolutif, collaboratif, sensible aux dynamiques du vivant. Dans cette perspective, le projet de design ne se réduirait pas à la fabrication d’objets et d’espaces, mais pourrait s’apparenter à une « œuvre-à-faire2 », où les usages, les matières et les techniques se répondent dans un dialogue ouvert avec les milieux. De plus, le design-situé s’élaborerait dans des formes de correspondances entre la matière vivante et ses potentialités expressives3, en intégrant les savoirs artisanaux et la préservation des communs nécessaires à la mise en œuvre d’une transition écologique et sociale. La question des techniques appropriées et des traditions vernaculaires resterait alors centrale pour envisager la pertinence du projet de design-situé dans son rapport à la réalité d’un milieu particulier. Il s’agirait ainsi, au-delà de la production d’artefacts, de générer des transactions4 fécondes entre les milieux du vivant5 et celles et ceux qui les habitent, afin de favoriser des démarches adaptatives et évolutives.
Dans cette perspective, le design-situé pourrait moins être compris comme une méthode stabilisée que comme une proposition ouverte, susceptible de donner lieu à des agencements collectifs générateurs de nouvelles formes d’attention et d’action.
Le design-situé peut-il, dès lors, constituer une voie possible pour réaliser ce que Stengers et Debaise proposent de nommer des :
« dispositifs génératifs [définis comme] des modes d’agencement intentionnels, fabriqués collectivement [avec les acteurs humains et autres qu’humains d’un milieu], qui tout à la fois présupposent et induisent la capacité de celles et ceux qui y participent de faire sens en commun à propos de situations qui les impliquent6 ?»
En considérant le design comme un ensemble d’agencements susceptibles de transformer les pratiques dans le respect des milieux, il s’agira d’interroger les conditions de leur pérennité et leur capacité à produire des manières plus résilientes d’habiter.
Axes de réflexion
Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants :
1. Attentions au sensible
Le design-situé prend appui sur des régimes singuliers d’attention au sensible, non comme registre perceptif isolé, mais comme manière d’entrer en relation avec un milieu. Cet axe pourra accueillir des contributions interrogeant les formes d’attention mobilisées dans la création et la conception qu’elles concernent les relations au vivant, les types de matérialités ou les dimensions expérientielles et esthétiques du projet.
2. Du sensible au commun
Le design-situé ne relève pas seulement d’une expérience individuelle du contexte, mais engage des formes de mise en relation et de transformation collaborative dialoguant avec les dimensions sociales d’un milieu. Cet axe accueille des contributions portant sur des pratiques collaboratives, qu’elles interrogent la question des communs, les pratiques du care ou d’autres formes de coopération situées. Il sera le lieu pour interroger le passage du sensible au commun dans la construction des dimensions éthiques, sociales et politiques du projet en design-situé.
3. Situations, territoires, milieux
Le design-situé se construit à partir de conditions concrètes qui orientent le projet autant qu’elles lui résistent. Cet axe invite à interroger les notions de territoire, de milieu ou de paysage comme opérateurs de conception. Il sera l’occasion d’explorer les méthodes d’enquête, de cartographie ou d’immersion mobilisées pour appréhender la complexité des situations contemporaines.
4. Faire et savoir-faire
Le design-situé engage une réflexion sur les manières de faire, les techniques et les formes de production à travers lesquelles le projet prend corps. Cet axe accueille des contributions portant sur les relations entre design, artisanat et industrie mises en jeu par les pratiques du design-situé. Il mettra l’accent sur des pratiques du faire et l’évolution des savoir-faire nécessaires à l’émergence d’une production plus circulaire et plus respectueuse des milieux naturels et du vivant.
Modalités de soumission
Les propositions devront comporter :
- un titre ;
- un résumé de 300 à 500 mots ;
- 5 mots-clés ;
- une courte biographie (5 à 10 lignes).
Les propositions sont à envoyer avant le 15 juillet 2026 à Claire Azéma :
claire.azema@u-bordeaux-montaigne.fr
Consignes aux autrices et auteurs :
Pour l’envoi des articles : il vous faudra respecter scrupuleusement les normes de mise en forme précisées dans les consignes aux auteurs de la revue Design, Arts, Médias. Les articles doivent présenter des recherches et analyses inédites, claires et documentées.
Calendrier
6 juillet 2026 : envoi des propositions
15 juillet 2026 : retour sur l’acceptation ou non des propositions
1er septembre 2026 : envoi des articles complets
25 septembre 2026 : retour des avis aux autrices et auteurs après expertise
26 octobre 2026 : retour des versions définitives corrigées
25 novembre 2026 : publication en ligne du numéro
Bibliographie
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-
DEBAISE Didier, STENGERS Isabelle, « Résister à l’amincissement du monde », dans Multitudes n°85 (4), 2021, p.129 sq, https://doi.org/10.3917/mult.085.0129 ↩
-
SOURIAU Étienne, Du mode d'existence de l'œuvre à faire, (extrait du Bulletin de la Société française de philosophie, 50 (1), séance du 25 février 1956, p.4-24), dans SOURIAU Étienne, Les différents modes d'existence, suivi de L'œuvre à faire, Présentation Bruno Latour et Isabelle Stengers, Paris, PUF, coll. Métaphysiques, 2009, p. 195. ↩
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INGOLD Tim, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Bellevaux, Dehors, 2017. ↩
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cf. La notion de transaction défine par le philosophe dans le chapitre 5, initulé « La nature, communication et signification », dans DEWEY John, Expérience et nature, Paris, NRF, Gallimard, trad. Joëlle Zask, 2012 (1925). Chez Dewey, l’expérience se comprend déjà comme un processus transactionnel entre organisme et environnement, même si le concept de transaction ne sera méthodologiquement explicité que plus tard avec Bentley dans DEWEY John, BENTLEY Arthur, Knowing and the Known, Boston, Beacon Press, n° XIII, 1949. ↩
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TUFANO Antonella, Vers un design des milieux. Métamorphoses contemporaines des projets et leurs territoires, Paris, Hermann, 2024. ↩
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DEBAISE Didier, STENGERS Isabelle, Op. Cit. ↩